Une greffe à 15946 kms de chez moi….

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Une greffe à 15946 kms de chez moi….

Vaitea nous reçoit dans son studio, dans le quartier Canal-Meurthe, non loin du centre ville de Nancy. Le ventilateur tourne à pleine vitesse, il fait lourd et le thermomètre dépasse les 30°C. Par la fenêtre : ni océan,  ni arbre fruitier, juste un immeuble qui masque un autre immeuble… Il occupe ce logement depuis 11 mois. Déjà 11 mois, qu’il a quitté Tahiti, son île natale, pour poser ses valises à Nancy, dans l’espoir d’un appel prochain à une greffe de rein.

 

Démarrage de la dialyse…

Dialysé en urgence en 2012, par hémodialyse tout d’abord, en service hospitalier à Tahiti puis en dialyse péritonéale à domicile, Vaitea est parfaitement autonome dans son traitement. Mais s’il voulait être inscrit sur liste de greffe, la seule possibilité était de venir en métropole. Pour lui, il n’y a pas eu franchement d’hésitation, ni de question à se poser, c’était la solution à tenter pour pouvoir reprendre sa vie en mains et poursuivre ses projets de vie. “A Tahiti, certains dialysés doivent venir à l’hôpital en bateau. Ceux des îles Marquises viennent en consultation en avion, certains doivent déménager pour accéder aux soins, moi, je n’avais pas ce souci. Depuis peu, des greffes sont même réalisées sur place mais pour l’instant, uniquement avec donneur vivant et ce ne pouvait pas être mon cas. C’est pourquoi j’ai fait un dossier d’inscription à la greffe et j’ai été orienté sur Nancy.”

Arrivée en métropole…

La métropole n’a pas été une totale surprise pour lui. Après quatre années d’études d’informatique passées à Toulouse, il avait  déjà découvert un autre climat, pu visiter Paris mais il avait aussi déjà connu le déracinement et l’éloignement des siens. A Tahiti, il a laissé ses deux frères ainés, un neveu qui va avoir deux ans et qu’il ne voit pas grandir…il y a aussi une maman, la sienne, qui égrène les jours. “Ma mère me joint par skype tous les dimanches, si je ne suis pas au rendez vous, elle me cherche partout et ameute tous les voisins…., confie-t-il avec le sourire. La connexion est bonne, par contre en Polynésie la facture est conséquente…”

Son arrivée a été minutieusement préparée par la caisse de prévoyance polynésienne : prise en charge, logement, aide alimentaire, suivi du dossier médical, examens…., que ce soit là bas, à distance, mais aussi ici pour l’arrivée au CHU de Nancy, par Béatrice, l’infirmière coordinatrice des greffes, et par le service social, suivi ensuite de son transfert pour la prise en charge médicale quotidienne, dans notre établissement Altir. Le processus semble maintenant bien rôdé, facilité par quelques années d’expérience. “Avant de venir, nous avons un entretien psychologique obligatoire, censé permettre de détecter si on tiendra le coup une fois ici. Moi je vais bien, je suis assez solitaire, je sais trouver des occupations, des dérivatifs, j’aime la guitare, je joue du métal…Ici, dans la résidence, nous sommes plusieurs dans mon cas, on se voit souvent, on se retrouve un peu en communauté. Mais certains rencontrent de graves difficultés d’adaptation, de jeunes femmes ont laissé derrière elles des enfants, c’est très dur, surtout pour une dont l’attente vient de dépasser les trois ans…” Malgré l’organisation mise au point, d’autres désagréments sont identifiés : les examens médicaux réalisés à Tahiti avant de partir sont, pour la plupart, réitérés ici ; les changements de stratégie de dialyse par rapport aux prescriptions initiales des médecins polynésiens ; des arrêts maladie qui s’allongent et posent souci à certains donneurs ; des incompréhensions face à certaines de nos pratiques…

Vie tahitienne…

Au cours de l’entretien, Vaitea évoque sa vie à Tahiti où les journées se passent en extérieur, où il est actif dans son jardin … Il vient d’ailleurs ici à Nancy, de tenter de replanter un ananas qui fait déjà grise mine….Sur l’ile, les immeubles sont rares, les maisons ont des terrains clôturés par des fleurs….Presque chaque jour, il peut manger du thon et une multitude de fruits. “Mais attention, précise-t-il, il ne faut pas croire que c’est la vie sauvage. Tahiti est moderne, il y a Mc Do, comme partout ailleurs. Ce sont dans les iles voisines que  la nature est préservée.” Pourtant malgré sa modernité et ses 275000 habitants, Tahiti ne lui a pas offert de poste dans le domaine informatique, alors, avant que la maladie ne se déclare, il projetait de faire de sa passion du tatouage, son nouveau métier. “Chez nous, le tatouage, c’est une tradition identitaire”

En passant par la Lorraine

Et puis, dans sa vie, il y aura ce passage en Lorraine. Un premier hiver où il n’aura même pas eu loisir de découvrir la neige…Mais une première année écoulée où il a sillonné un peu la région : une visite à l’aquarium de Nancy où les poissons ne sont pas destinés à être dégustés, le Grand Duché du Luxembourg, Strasbourg, ville qu’il a trouvé jolie et où il doit retourner prochainement manger un jambonneau…D’ailleurs, il a un peu ce regret de ne pas trouver de réelles spécialités lorraines. “Mis à part la quiche….à Nancy, c’est plus facile de trouver un kebab qu’un plat purement lorrain. D’ailleurs, c’est quoi les spécialités ici? ” Fin juin, Vaitea soufflera ses 30 bougies. Elvire, responsable de la dialyse péritonéale à l’Altir, lui a alors promis que lors de sa prochaine consultation, elle lui cuisinerait un plat pur lorrain.